http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTPoZ9L-pOZWXYtmqeP9iabPzWPTyN9mvsg8vzL2H0Rw6Rv17DLLwJusqu'où informer les citoyens sur les nanotechnologies ? Que faut-il que chacun sache pour pouvoir faire des choix éclairés ? Comment assurer une bonne prise en compte des problématiques par le public ? Le récent débat public sur les nanotechnologies a illustré en France la difficulté d'apporter une réponse appropriée à ces questions. Aux Etats-Unis, la réaction de l'opinion publique sur les nanotechnologies est aussi scrutée à la loupe.

Le pays n'a pas connu de crise alimentaire majeure comme ce fut le cas en Europe dans les années 90 avec la crise de la "vache folle" ou celle de la dioxine. Les organismes génétiquement modifiés n'ont pas non plus suscité aux Etats-Unis l'émoi que l'on connaît sur le vieux continent. La situation européenne inquiète outre-Atlantique. Etant donné les enjeux économiques, une forte attention est portée sur le déroulement pacifiste de la révolution nano. Dans ce but, la National Science Foundation a financé la création de deux Center for Nanotechnology in Society (CNS) [1] [2]. Ces centres ont pour but de mener des études sur le degré et le niveau d'information du public sur les nanotechnologies. Les chercheurs étudient aussi l'opinion des citoyens sur le développement des nouveaux produits ou encore l'appréhension des risques posés par les nanomatériaux.

Il ne faut pas craindre de parler des risques

Une étude financée par le CNS de l'Arizona State University publiée le 4 mai 2010 avait pour but d'évaluer la perception du public concernant les applications médicales des nanotechnologies. L'étude a montré que le soutien des personnes ayant déjà entendu parler des nanotechnologies est plus facile à obtenir lorsqu'on leur présente à la fois les risques et les bénéfices des dispositifs. Cependant, chez les individus ne connaissant rien aux nanotechnologies, l'effet inverse a été observé.

Deux catégories d'applications médicales étaient évoquées dans l'étude : les nouvelles thérapeutiques et l'augmentation artificielle des capacités physiques. Le panel était découpé en six groupes. Le premier groupe ne recevait qu'une image fantaisiste d'un dispositif médical de taille nanométrique. Les groupes 2 et 3 recevaient la même image accompagnée d'un texte présentant les nanotechnologies comme étant capables, respectivement, de soigner complètement un individu ou de rendre les être humains plus forts, plus rapide et plus intelligents. Les groupes 4 et 5 recevaient, en plus de ce qui avait été fournis aux groupes 2 et 3, un texte présentant les risques pour la santé des nanomatériaux. Le dernier groupe, groupe témoin, ne recevait rien. Il est apparu de manière claire que le soutien aux applications thérapeutiques est plus élevé que pour celles concernant l'amélioration des capacités physiques.

L'utilisation de l'image fantaisiste avait pour but de stimuler l'imagination des sondés. Elle montre des nano-objets fixés sur des globules rouges dans un vaisseau sanguin, évoquant alors le mythe de la grey goo, soupe de nano-robots autoréplicateurs, qui avait fortement contribué à alerter l'opinion publique sur les dangers potentiels des nanomatériaux dans les années 90. Elle n'a pas eu d'impact important sur les réponses aux questions même si elle a contribué à inquiéter les personnes qui ne connaissaient rien aux nanotechnologies.

Cette étude montre que les personnes informées sur les nanotechnologies sont plus à même de comprendre les implications et d'effectuer la balance entre risques et bénéfices. L'attention devrait donc se porter sur une bonne information de l'ensemble des citoyens sur les nanotechnologies. Or, une autre étude est venue montrer que le fossé se creuse entre les citoyens à ce sujet.

L'inégalité face à l'information

D'après une étude publiée sur le site thescientist.com [3], les personnes ayant suivi des études supérieures ont vu leurs connaissances des nanotechnologies légèrement augmenter entre 2004 et 2007. Dans le même temps, sur le même sujet, le niveau de connaissance des personnes n'ayant pas le niveau baccalauréat a fortement baissé.

L'accroissement de l'écart de connaissances entre les personnes ayant des niveaux d'éducation différents remet en cause les stratégies de transmission des connaissances. Les musées des sciences, par exemple, ne permettent pas de toucher les personnes les moins éduquées qui ne les fréquentent pas beaucoup. L'utilisation des médias de masse et les nouvelles technologies semble être une possibilité pour redresser la situation. L'étude suggère en effet qu'une forte corrélation existe entre le temps passé sur internet et le niveau de connaissance sur les nanotechnologies. En 2006, plus des deux tiers des adultes américains déclaraient par ailleurs se tourner vers internet pour chercher des informations sur les sujets scientifiques. Cependant, la neutralité des recherches via le moteur de Google, le plus utilisé, n'est pas assurée.

Les biais provoqués par l'utilisation massive de Google

Des chercheurs de l'université du Wisconsin se sont intéressés aux mots clés entrés par les internautes lors de leurs recherches sur les nanotechnologies via Google. Ils ont publié leurs résultats dans la revue Materials Today [4]. Leur étude indique que les résultats du moteur de recherche orientent les internautes vers des sites portant sur les applications médicales des nanotechnologies.

En octobre 2008, trois des dix termes accolés à nanotechnology les plus entrés étaient en relation avec l'économie (stocks, jobs, et companies) alors qu'un seul était en rapport avec le monde médical (medicine). En aout 2009, il ne restait plus qu'un terme relié à l'économie (companies) et le terme medicine avait été rejoint par le terme cancer. L'important est de noter que tous ces termes sont des termes suggérés par le moteur de recherche lui-même lorsque le terme nanotechnology est saisi. Un premier biais était alors mis en évidence, lié au mécanisme de suggestion du moteur de recherche.

A ce premier résultat s'ajoute le fait que les résultats fournis par le moteur de recherche sont aussi biaisés. L'orientation vers des sites liés aux applications médicales des nanotechnologies est disproportionnée, et ce même lorsque les mots clés entrés n'évoquent pas la médecine. Or, le système de suggestion et l'affichage des résultats sont basés sur des processus itératifs. Plus les termes sont entrés, plus ils sont suggérés. Plus les sites sont consultés, plus ils apparaissent dans les premiers mentionnés. Un cercle vicieux se met en place renforçant les biais observés.

Les moyens d'accès via internet à l'information sur les nanotechnologies sont dépendants de la configuration des outils de recherche. Les découpages thématiques nécessaires pour assurer l'efficacité des recherches peuvent ainsi contribuer à influencer l'opinion publique autour d'une problématique en orientant son accès aux informations. Etant donné l'usage croissant d'internet dans la recherche d'informations sur la science, la perception que le public obtient sur les nanotechnologies est alors orientée.

En trame de fond de ces études, l'inquiétude est la même. Comment faire plus, et comment faire mieux, pour assurer la transmission des informations aux citoyens sur les nanotechnologies afin de permettre un réel débat démocratique autour des orientations à prendre ?

 

Sources:

- Survey: Hiding risks can hurt public support for nanotechnology, M. Shipman, News Services of the North Carolina State University, 04/05/2010 - http://news.ncsu.edu/releases/wmscobbnanorisks/
- Reprot: Nanotechnology information gap widening, C. Schubert, ASU News, 12/01/2010 - http://asunews.asu.edu/20100111_nanotechreport
- What people think when they think about nano... and what role Google may play in all of this, D. Scheufele, Blog Nanopublic, 07/05/2010 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/bQazh

Rédacteur :

Vincent Reillon, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org

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