Des nanogouttes de vitamines en spray et autres nutriments en nanopoudres, des nanocapsules pour “libérer” (si l’on peut dire) pesticides, fertilisants, vaccins, exhausteurs de goûts, stéroïdes et hormones de croissance dans les aliments, des nanoparticules pour y trier et éliminer produits chimiques et pathogènes, en modifier l’ADN ou prolonger la date limite de consommation, des nanocapteurs pour surveiller la présence d’agents infectieux, la température, l’humidité, la croissance… l’industrie agro-alimentaire dépense des millions de dollars en recherche et développement dans les nanotechnologies.

 Qu’est-ce que la “nanofood” ?
 Un rapport (.pdf) du Nanoforum (un réseau paneuropéen d’information financé par la Commission européenne) propose une définition très extensive de la “nanofood” : tout aliment où les nanotechnologies ont été utilisées pour la culture, la production, le traitement ou le conditionnement, “ce qui ne signifie pas qu’il s’agisse d’aliments modifiés à l’échelle atomique, ou produits par des nanomachines.”

L’ensemble de la chaîne agroalimentaire serait concernée : de la culture des végétaux au conditionnement et à l’absorption des aliments en passant, bien évidemment, par l’élevage des animaux, et même l’antiterrorisme. Les autorités américaines envisagent en effet de déployer de telles nanotechnologies afin de détecter les risques d’attaques terroristes visant la chaîne alimentaire.

Mais l’expérience des OGM n’incite pas forcément industriels et chercheurs à s’en vanter, pour l’instant tout du moins. Un journaliste du Guardian expliquait ainsi en décembre dernier comment des scientifiques avaient refusé de répondre à ses questions lorsqu’il a décliné son titre. Ce qui ne l’avait pas empêché d’enquêter.

Pour Lynn Frewer, professeur de sécurité alimentaire à l’université de Wageningen, un centre de recherche nanotechnologique néerlandais, “c’est dans la nature humaine. Un risque involontaire, bien que distant, préoccupe bien plus les gens qu’un risque dans lequel ils seraient impliqués. C’est pourquoi le public considère que la thérapie génique est bien plus menaçante que la nourriture grasse et non équilibrée” qui fait pourtant, à ce jour, bien plus de dégâts sanitaires.

A qui profitent les aliments ?
Selon Nanowerk, qui y consacrait en janvier dernier un long papier, et qui s’est récemment repenché sur les “promesses” de la nanotechnologie alimentaire, Kraft Foods est probablement à la pointe de ces recherches. En l’an 2000, le géant de l’agroalimentaire décidait de financer un consortium réunissant 15 universités et laboratoires de recherche, afin d’imaginer la nourriture du futur. Composé de chimistes, ingénieurs et physiciens, le consortium ne comportait étonnament aucun nutritionniste…

Entre autres pistes : un testeur de goût (et de produits chimiques, de moisissures ou d’allergènes) nanoélectronique, un nano-code-barre (pour la traçabilité), mais aussi des aliments “interactifs“, ou “programmables“, que le consommateur personnalise en fonction de ses goûts et besoins alimentaires.

On pourrait ainsi choisir et doser précisément les goûts et les odeurs, ou encore la couleur, s’adapter aux allergies des clients (des nanofiltres peuvent ainsi séparer la lactose du lait, et le remplacer par un autre type de sucre) ou à leurs exigences nutritives : des parents pourraient ainsi faire ingérer certains aliments que leurs enfants refusent obstinément de manger, ou encore réduire le volume de sel ou de graisses de ceux dont ils sont friands…

Une base de données pour documenter les risques
A l’occasion de la publication, en juillet 2006, de son rapport sur la nanotechnologie dans l’agriculture et l’alimentation, le Project on Emerging Nanotechnologies a rendu public une base de données détaillée de 160 programmes de R&D.
Son objectif : documenter, à long terme, le développement de ces applications et espérer une collaboration entre chercheurs (à la manière des logiciels open source), et s’assurer que les risques associés seront traités de façon proactive afin de faire profiter à plein la société des opportunités sociales, économiques et environnementales des nanotechnologies.

Le cabinet de conseil Helmut Kaiser Consultancy, qui organise le cycle de “conférences” Nanofood, estime que quelques 300 produits alimentaire “nanotechnologiquement” modifiés seraient aujourd’hui disponibles sur le marché (y compris ceux qui n’ont de “nano” qu’un petit élément de leur conditionnement).

Le spectre des OGM
En 2004 déjà, dans un rapport sur l’impact des nanotechnologies sur l’agriculture et l’alimentation, l’ETC Group, qui milite pour “le développement socialement responsable de technologies utiles aux populations pauvres et marginalisées” estimait que le parallèle avec les OGM était “indéniable” : “en autorisant des produits nano à entrer sur le marché en absence de tout débat public et sur fonds de laxisme réglementaire, les gouvernements, l’industrie agro-alimentaire et les institutions scientifiques ont compromis le potentiel des nanotechnologies à être utilisées de façon bénéfique“.

Pour l’ETC Group, qui appellait à un moratoire sur les nanotechnologies, “de même qu’il est devenu de la responsabilité des consommateurs de s’assurer qu’ils ont cuit la viande suffisamment longtemps pour en détruire les pathogènes, ils devront également bientôt devenir leurs propres inspecteurs sanitaires de sorte que l’industrie puisse continuer à rogner sur ses budgets sécurité afin d’accroître ses profits“.

A la manière de ce qui se passe avec les produits chimiques, la Food and Drug Administration, en charge des contrôles sanitaires aux USA, exige en effet des preuves que la consommation des aliments n’ont pas entraîné de séquelles, mais pas qu’ils sont raisonnablement sûrs et sans danger. Et comme le remarque un scientifique appelant à un renforcement des contrôles, “les produits ne sont pas labellisés comme tels, les consommateurs ne peuvent donc pas choisir de ne pas les acheter

Source : http://www.internetactu.net/?p=7046

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